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Anfgou, un an après : le réveil tardif du makhzen
Les prochains jours s’avèrent très joyeux. En effet, prochainement, le monde musulman fêtera l’Aïd. Ensuite, viendra le tour du monde chrétien qui célèbrera Noël. L’année 2008 sera la bienvenue à l’occasion de la fête du nouvel an, selon le calendrier géorgien. Enfin, les Amazighs fêteront Yennayer, le 13 Janvier prochain, selon le calendrier agricole. Mais il y a un triste anniversaire que les Amazighs ne doivent pas oublier : celui du drame d’ Anfgou qui aura, dans quelques jours, un an. Le froid s’approche des Amazighs de l’Atlas. Et les autorités marocaines aussi…
Le drame d’ Anfgou ? Tous les marocains en ont été choqués. Au point même d’avoir la honte d’être Marocain. Ou plutôt d’être gouverné par des dirigeants aussi racistes que lâches. Plus de 30 morts -bilan exact non connu-, essentiellement des nouveaux-nés. En ajoutant des centaines de personnes malades, abandonnées, humiliées… Ce que personne ne peut oublier ? Des visages d’enfants innocents, des joues rougies par le froid, des pieds délabrés car non chaussés, des mains grelottantes, le visage fiévreux et rosé d’ un nourrisson mort…Mais surtout, ce qu’ aucun marocain ne peut oublier et pardonner, c’ est le silence mystérieux d’ un gouvernement.
Effectivement, la première chose que l’ancien ministre marocain de la Santé, M. Biadillah, a faite, c’est contester les chiffres. Or, la première chose qu’un ministre de la Santé doit faire est de se déplacer dans les lieux du drame. Et donner l’ordre d’envoyer une équipe médicale dans une zone où le médecin est un homme inconnu. C’est en tout cas la coutume dans tout pays véritablement démocratique. Or, le mutisme de cet ex-ministre peut-être comparé à la lenteur de la réaction de l’administration Bush, devant l’ampleur de la tragédie humaine causée par Katrina. ( Lousiane, USA, août 2005 ).
Des millions de Noirs Américains sont confinés dans des ghettos, comme des bêtes, condamnés à vivre un American Dream de la misère. Toutes les chaînes de TV internationales avaient, à l’ époque, diffusés des images terribles de Noirs américains criant à l’ aide, s’ accrochant sur les toits et les balcons inondés, certains se noyaient même en direct. Des centaines de Noirs Américains sont morts de faim, de soif (déshydratation) et les survivants ont marché pendant des jours, et des kilomètres, cherchant désespérément de l’aide. Si ces personnes étaient blanches de peau, M. Bush se serait rendu en vitesse, sur la zone où Katrina avait sévit. Mais malheureusement, ces gens étaient nés Noirs…
A Anfgou, ce n’est pas –fort heureusement- des milliers de morts (les Amazighs du monde entier aurait agi en conséquence). Ce sont des bébés, à qui la vie venait de sourire mais que la vague de froid meurtrière n’a pas épargné sur son passage. Et un mort, quelque soit son origine, c’est toujours trop. Ces bébés amazighs (et deux jeunes filles mères) ont été enterrés et même après le drame, leur mort a été nié pour certains par le makhzen. Vivant ou mort, l’Amazigh est privé de sa dignité.
Après les inondations qui ont touchées les Malgaches (Février 2007), 1,5 milliard de dirhams avaient été versés au Madagascar, au profit des sinistrés. « Sur Haute instruction du Roi ». Quelques mois avant, le Sud-est du Maroc a été victime d’inondations sans précédent, notamment à Tinghir. Et pourtant, les autorités locales ne semblaient pas affectés par la situation dramatique. Sans parler des millions de dirhams envoyés aux frères Libanais, après la guerre israélo-libanaise, durant l’ été 2006. A part l’extrême haine du makhzen envers les Amazighs, nous ne trouvons aucune explication à ce mutisme inqualifiable. Le régime marocain a toujours ethnicisé sa politique, en creusant un fossé entre les Marocains arabophones et les Marocains amazighophones.
Depuis la tragédie d’ Anfgou, les ONG humanitaires ont fait le travail du makhzen, à savoir venir en aide à la population. Comme habituellement. Mais qu’à fait l’état marocain depuis ? Des programmes de développement ont été lancés. Un dispensaire a été construit à Anfgou. Et bien-sur l’ envoi de vivres, de médicaments et de vêtements par la fondation Med V. En gros, on est resté dans une logique humanitaire et non de dévéloppement.
Et aujourd’ hui ? Des mesures ont été prises, il y a quelques jours seulement, pour s’assurer de la fonctionnalité des liaisons de communications et de télécommunications. Des sous-commissions locales ont été visitées la région pour compter le nombre de villages « suspectés » de subir les conséquences d’un climat fâcheux. Le but est de faire une liste des zones à protéger en cas d’abondance probable de chutes de neiges ou de baisse très forte des températures.
La récente mise en place de commissions et sous commissions locales et provinciales révèle le « sursaut » des autorités marocaines qui font tout leur possible pour « assurer un suivi permanent de la situation des populations habitant à haute altitude », à savoir les montagnards amazighs. En d’autres termes, peu de choses ont été faites concrètement pendant un an. A part bien sûr, faire la charité et faire de beaux discours, aussi ambitieux soient-ils. Dans tous les cas, le froid glacial de l’Atlas s’impose et l’état marocain vient tout juste d’afficher sa réelle volonté de protéger ses citoyens amazighs…
Toujours est-il que les populations d’ Anfgou, comme tous les Amazighs, n’oublieront jamais l’inhumanité du régime marocain. Et son racisme (tellement) évident. Faire construire un TGV et des tramways dans de grandes villes est un projet ambitieux et louable. Si bien sûr ce projet se cadre dans une politique de développement ( avec création d’ emplois et retombées économiques sur la région) plutôt que dans une « politique du prestige »…Cependant, ce projet ne vaut absolument rien quand on constate combien sont marginalisées des régions marocaines où, parfois, les « pistes » goudronnées n’ existent pas. Comme à Anfgou où on crie toujours, à l’ aube de 2008, « Abrid ! Abrid ! » (la route, en amazighe).
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